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et 11.1 de 1876 à 1880. Le tableau dressé par Legoyt (1), reproduit par Michel Levy et qui porte sur les huit années comprises entre 1858 et 1865 inclusivement, constate une diminution de 1858 à 1863. A partir de ce moment, il y a une augmentation brusque, mais elle tient à ce que Legoyt a compris les mariages entre cousins issus de germains dans sa statistique à partir de 1863. Le chiffre des mariages consanguins ainsi modifié, a oscillé pendant cette période entre 4,537 et 5,000 par an; la moyenne a été de 4,764, tandis que dans la période précédente, elle était de 3,820. La même proportion s'observe entre les différents degrés de parenté que dans le tableau de M. J. Bertillon. Les mariages entre cousins germains sont à eux seuls dix fois plus nombreux que les autres.

Si nous avons insisté sur ce fait, c'est qu'on a, de tout temps, considéré les mariages consanguins comme faisant courir de grands risques aux enfants qui en proviennent. Cette question a donné lieu à des débats passionnés. Boudin la souleva en 1862 et la soutint avec son exagération et sa tenacité habituelles. L'émotion produite par son travail s'étendit jusqu'aux Etats-Unis où le docteur Bémiss signala en 1858, ǎ un meeting radical, la proportion effrayante de sourds-muets, d'idiots et d'aveugles, qu'on trouvait parmi les enfants issus de mariages consanguins. Les enquêtes se multiplièrent dans l'Amérique du Nord, en Ecosse (2) en France 3). La question fut portée devant la Société d'anthropologie; on y contesta l'exactitude des chiffres de Boudin, en montrant qu'ils avaient été extraits d'un nombre d'observation tellement petit qu'il n'avait aucune valeur. Parmi les médecins, très peu nombreux du reste, qui ont tenté d'exonérer les alliances entre parents, on peut citer Napoléon Périer, qui a discuté avec talent la généalogie des races d'élite; Auguste Voisin qui a fait des recherches minutieuses à l'ile de Batz dont les habitants se marient entr'eux depuis plusieurs siècles (4) et Georges Darwin, l'un des fils de l'illustre naturaliste.

Tous ces auteurs se sont efforcés de résoudre la question à l'aide de la statistique, et ils sont arrivés aux résultats les plus discordants. Ainsi Boudin avait avancé que si l'on évaluait à 1 la chance ordinaire de naître sourd-muet, cette chance était de 18 pour les enfants issus de cousins germains, de 37 pour ceux qui étaient issus d'oncles et de nièces, et de 70 pour les enfants nés de l'union de neveux et de tantes. Il tirait il est vrai cette conclusion de l'observation d'un seul fait de chaque espèce. Georges Darwin, au contraire, a trouvé que sur 366 sourds-muets dont il a pu connaitre la famille, 8 seulement, soit 2 pour 100, étaient issus de cousins germains.

4) Michel LEVY, Traité d'hygiène publique et privée, t II, p. 708.

2 Arthur MITCHELL, Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 1865, t. xxiv. 3 T. DEVAY, à Lyon; Th PERRIN, ibid.

14) Auguste VOISIN, Mémoires de la société d'anthropologie et Annales d'hygiène, 1863, t. XXXII.

Le même désaccord s'est rencontré pour les idiots. Bémiss avait trouvé que 15 pour. 100 d'entr'eux étaient nés de mariages contractés entre parents, tandis que Georges Darwin n'a trouvé que 170 individus issus de cousins germains sur un total de 4,822 aliénés à l'égard desquels il a pu obtenir des renseignements précis. Ce désaccord s'explique par ce que nous avons dit en commençant des limites de la statistique. Il y a des questions auxquelles elle ne s'applique pas et celle des mariages consanguins est du nombre. C'était l'avis de Legoyt et c'est celui de M. J. Bertillon.

A défaut des chiffres, l'opinion presque unanime des médecins s'accorde à admettre la fâcheuse influence de la consanguinité. « Les mariages » entre parents, dit Michel Lévy, impriment un fatal essor aux prédis» positions morbides qui relèvent de l'hérédité et exercent une influence » détériorante sur les produits. De même que les plantes alimentaires et » textiles dégénèrent par le défaut de renouvellement des semences et » de la variété des assolements, ainsi la force et la beauté des races >> animales sont au prix de leurs croisements. L'homme n'échappe pas » à cette loi qui a trouvé, dans Moïse, un interprète énergique. On peut » lire, dans la Bible, la longue série des prohibitions qu'il oppose au >> mariage, jusqu'au troisième degré de parenté. Ces interdictions sont » entrées dans la discipline du Christianisme; mais la loi civile ne les » a pas reproduites et, comme elle ne laisse, dans beaucoup de pays, » à l'autorité ecclésiastique que le soin de consacrer les unions déjà >> validées au nom de la société, la sagesse des prescriptions d'ordre religieux est en partie éludée. C'est là une des causes actives de la » décadence physique et intellectuelle des populations (1).

D

L'éminent hygiéniste que nous venons de citer passe ensuite en revue les infirmités et les maladies qu'on peut mettre sur le compte de la consanguinité et il me semble, dans ce tableau, être quelque peu tombé dans l'exagération qu'il reprochait si justement à Boudin. On y trouve en effet énumérés tous les vices de conformation, toutes les affections qu'on regarde comme héréditaires et dont nous aurons à nous occuper plus tard. Il peut arriver, ajoute-t-il, mais très rarement, que tous les » enfants d'une même famille échappent à l'action de la consanguinité ou » que dans une même famille les uns soient frappés et les autres épargnés. Presque jamais on n'observe chez les enfants des mêmes parents les » mêmes altérations morbides; l'un est idiot, l'autre meurt prématuré» ment, un troisième est seulement retardé. Quand une génération » entière est indemne, on doit craindre la manifestation du mal dans » une seconde génération. »

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Il me semble que c'est aller un peu loin et que pour rester dans le vrai, il faut se borner à dire Le croisement des races est le vœu de

(1 Michel Lévy, Traité d'hygiëne publique et privée (loc. cit.), t. II, p. 767.

l'humanité; on ne s'y soustrait pas sans danger. Les générations viciées par la consanguinité se dégradent rapidement et finissent par s'éteindre dans le cercle où elles ont circonscrit leurs alliances. Les familles souveraines, les aristocraties en sont la preuve. Les malformations, les infirmités telles que l'idiotisme, la surdi-mutité, la cécité, sont plus communes parmi les enfants issus de mariages consanguins. Les affections diathésiques se renforcent et s'aggravent par ce genre d'union et les produits qui en résultent sont dans de moins bonnes conditions de vie et de santé que les autres. Cela suffit largement pour qu'il faille en detourner les familles, en leur montrant les conséquences fâcheuses qui peuvent en résulter. Si nous avons traité cette question avec quelques développements, c'est qu'elle est au nombre de celles sur lesquelles les médecins sont le plus souvent consultés.

II. Naissances. - On désigne sous le nom de natalité, le rapport du
Na
Po

nombre des naissances au chiffre de la population, soit Les deux

termes de cette fonction ne sont pas toujours compris de la même manière, Le numérateur doit, à notre avis, comprendre les morts-nés, car il n'y a pas, au point de vue démographique, de différence entre l'enfant qui meurt en naissant et celui qui succombe quelques jours après. D'ailleurs on ne comprend pas la mortinatalité de la même façon dans tous les pays. Quant au dénominateur, il peut comprendre la population tout entière ou ce qui serait plus logique, la partie de la population qui peut produire des naissances, c'est-à-dire les femmes adultes. M. Bertillon a réuni ces différents mode d'évaluation comme il l'a fait pour les mariages, dans un tableau qui comprend les principaux pays de l'Europe et que nous reproduisons à cause de son importance. (Voir le tableau de la page 42.

A. Natalité totale. — Comme on le voit dans ce tableau, les pays de l'Europe peuvent se diviser en trois groupes, au point de vue de la natalité: -1° Ceux qui ont une natalité forte, c'est-à-dire voisine de 150 naissances annuelles par 1.000 femmes en âge de parturition : ce sont tous les pays slaves et tous les pays allemands. La Serbie, la Russie, la Croatie-Slavonie, la Hongrie marchent au premier rang. Immédiatement après, c'est la Saxe puis la Bavière, le Wurtemberg et la Prusse; viennent. ensuite les Pays-Bas et enfin l'Autriche Cisleithane. L'Italie peut presque être rangée dans cette catégorie. 2o Les pays dont la natalité est moyenne, c'est-à-dire supérieure à 130 naissances annuelles pour 1.000 femmes de 15 à 50 ans. De ce nombre sont l'Angleterre proprement dite et l'Ecosse, puis la Belgique malgré la faiblesse de sa nuptialité ; l'Alsace-Lorraine, l'Espagne, le Portugal, la Roumanie et enfin la Finlande, la Norwège et le Danemark. 3o Les pays dont la natalité est faible, c'est-à-dire de 120 naissances environ pour 1.000 femmes de 15

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d'observa de 15 à 50 ans de plus de 13 a. de 15 à 50 ans de plus de 15 a. de 15 à 50 ans de plus de 15 ans

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171 164 131 125 273 263 212 204 164 158 118 114 285 276 169 163 124 119 300 290 224 216 30.1 149 144 110 107 275 266 209 203 152 148 115 112 250 244 192

85 249 240 183 176 278 265 210 202 115 282 271 214 206

10.9

10.2

29.5 28.0

7.9 7.4 21.6 20.7 39.3

31.1

29.9 47.9

46.7

37.7 89.6

88.7

25.8

24.4 19.3

18.3 39.4 37.8 78.4 77.1

48.0

45.8 36.1

209 202

43.3

41.7 30.6 28.9

34.4 43.6 29.5 21.6 20.7

41.9 127.6 126.7

40.1

41.3

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à 50 ans où inférieure à ce chiffre, sont la Suède, la Grèce, la Suisse, puis loin derrière eux l'Irlande; enfin, au dernier rang, la France qui, de tous les pays de l'Europe est celui qui a la plus faible natalité (1).

Cette infériorité n'a fait que s'accentuer depuis l'époque à laquelle s'arrête la statistique de M. J. Bertillon. Le nombre des naissances va toujours décroissant suivant une progression rapide.

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Le taux moyen de la natalité qui était de plus de 30 naissances pour 1.000 habitants au commencement du siècle et de 25 il y a 20 ans n'était plus en 1890 que de 21,8. Dans cette année et pour la première fois, le chiffre des décès a dépassé celui des naissances et l'écart a été considérable (38.446). En 1891, il a été de 10.505, en 1892, de 20.041.

B. Natalité légitime. En France et c'est encore un des tristes côtés de la question, la diminution porte presqu'exclusivement sur les naissances légitimes. Les pays qui en ont le plus sont les Pays-Bas, le Wurtemberg et la Bavière. Ils n'ont qu'une proportion médiocre de femmes mariées, mais elles sont très fécondes. La Belgique, l'Alsace-Lorraine, la Norvège sont dans le mème cas. En Italie au contraire les épouses sont nombreuses, mais leur fécondité est faible. Il en est de même en Suisse, en Autriche, en Danemark et en Suède; mais il s'en faut de beaucoup qu'aucun de ces pays ait une natalité légitime aussi faible que la France et elle va toujours en diminuant. En 1882, sur 1.000 naissances, il n'y en avait que 74 d'illégitimes; en 1890, la proportion s'était elevée à 85; elle s'y est maintenue et pourtant le chiffre des naissances illegitimes tend plutôt à diminuer; mais l'autre terme de la proportion s'abaisse encore davantage. Le tableau suivant qui nous a été communiqué par M. Jacques Bertillon montre cette décroissance pendant les deux dernières années au sujet desquelles les statistiques ont été données :

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