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époque, commença la publication de la Revue bibliographique du royaume des Pays-Bas et de l'étranger, ou indicateur général de l'imprimerie et de la librairie. Cette revue, on le présume déjà par le titre que nous venons de transcrire, n'était, en somme, que le catalogue périodique des ouvrages mis dans le commerce courant et reçus en dépôt dans la librairie De Mat. Il ne contient donc qu'un choix d'ouvrages édités tant à l'étranger que dans le royaume.

Néanmoins, les neuf années (de 1822 à 1830) de la collection de cette revue contiennent de nombreux et utiles renseignements. Les titres sont relevés avec soin et des notes analytiques offrent quelquefois de l'intérêt.

En 1837, l'Établissement géographique de M. Philippe Vander Maelen édite un Dictionnaire des hommes de lettres, des savants et des artistes de la Belgique, présentant l'énumération de leurs principaux ouvrages.

Dressé d'après les réponses données aux circulaires envoyées par l'Établissement, ce répertoire ne manque pas d'exactitude; mais il est trop sommaire et trop incomplet. Il est cependant le seul répertoire général des lettres belges que l'on possède pour cette période et, comme indicateur, son utilité est réelle.

L'année suivante, une grande maison de librairie qui s'était fondée à Bruxelles, la librairie Charles Muquardt, fait paraître, par cahiers mensuels, la Bibliographie de la Belgique, ou catalogue général des livres belges, publiée par la librairie nationale et étrangère de Ch. Muquardt. Commencée le 1er juillet 1838, cette publication se poursuivit avec une louable régularité pendant vingt-quatre ans; elle partage avec le Journal de la Librairie, de Ch. Hen, publié de 1854 à 1868, l'honneur de former, encore une fois, pour une longue période, la source principale des renseignements pour notre histoire littéraire.

Enfin, en 1875, est fondée la Bibliographie de la Belgique, que nous avons déjà citée.

Nous avons, en outre, comme nous l'avons déjà dit, plusieurs bibliographies spéciales, qui figurent dans la liste des publications consultées.

C'est là, sommairement indiqué, ce que nous pouvons considérer comme les anneaux de notre chaîne de bibliographies générales depuis la fin du xvIe siècle jusqu'aujourd'hui. Nous ne devons pas oublier de dire ici que, pour le passé, tous les efforts plus ou moins considérables et méritoires dont nous avons parlé seront rendus inutiles par la colossale entreprise, en cours d'exécution, de M. Ferdinand Vander Haeghen :

sa Bibliotheca belgica, qui comprend la description de tous les livres imprimés dans les Pays-Bas au xve et au xvr° siècle et celle des principaux ouvrages imprimés depuis 1600 jusqu'à l'époque actuelle.

Le travail que nous avions à exécuter, tout en étant, par sa nature même, une continuation des anciens répertoires généraux, ne pouvait être établi sur le plan d'aucun de ces derniers. La science bibliographique a fait peau neuve; ses exigences actuelles ne s'accommodent point de la méthode ingénue suivie par les Callidius et les Valère André, et nous ne pouvions songer à poursuivre les Mémoires du prolixe Paquot. Sans être plus aisée, notre tâche était tout autre nous avions à composer, ainsi que l'a très bien dit M. Paul Fredericq ('), « le Dictionnaire des écrivains belges de nos deux langues nationales, de 1830 à 1880, en même temps qu'un catalogue scrupuleux de leurs publications

Pour exécuter ce projet, nous avons d'abord, dans la suite de nos délibérations, formulé le programme suivant :

La Bibliographie nationale de 1830 à 1880 comprendra :

1o La nomenclature des ouvrages publiés en Belgique et à l'étranger, dus à des auteurs nés Belges ou naturalisés et à des auteurs étrangers ayant habité ou habitant la Belgique et y ayant obtenu, par des fonctions, par une longue résidence, ou par d'autres motifs, une sorte d'indigénat littéraire; pourvu que ces auteurs aient publié au moins un ouvrage pendant la période de 1830 à 1880 inclusivement;

2o Les ouvrages publiés par ces auteurs avant 1830, soit en Belgique, soit à l'étranger;

3o La notice des traductions de tous les ouvrages ci-dessus, publiées en Belgique ou à l'étranger, pendant la même période;

4° Les traductions, faites par des auteurs belges ou considérés comme tels, d'ouvrages anciens et modernes d'auteurs étrangers;

5o Les ouvrages anciens édités pendant la même période par les soins de Belges ou de régnicoles considérés comme Belges;

6° La collaboration des auteurs aux recueils périodiques ou aux publications de collectivités;

7° Les ouvrages anonymes pour lesquels il existe une certitude ou de fortes présomptions qu'ils sont dus à des auteurs nationaux ou considérés comme tels.

(') Rapport sur le concours quinquennal d'histoire nationale, 1881-1885. (Dans le Moniteur belge du 20 août 1886.)

Ce programme comprend donc la matière même de la Bibliographie. Qu'il nous soit permis de fournir quelques explications sur certains points. Le but de la Bibliographie est de faire connaître la part prise par les Belges dans le mouvement intellectuel général; nous ne pouvions dès lors restreindre cette part à son opération sur notre seul territoire; nous avons dû l'étendre à son expansion au dehors. Nous comprenons dans notre nomenclature, non seulement les Belges de nationalité qui ont vécu pendant un espace de temps plus ou moins long à l'étranger, mais même ceux qui ont quitté le pays sans esprit de retour, en se faisant naturaliser en quelque autre nation. Nous avons tenu compte de cette considération que ces émigrés ont fait leur éducation, quelquefois leurs premières armes littéraires dans la patrie, qu'ils ne sont pas sans avoir conservé des rapports avec elle et, en conséquence, que l'on doit les regarder comme des représentants de notre esprit national à l'étranger.

Par une considération de même nature, nous avons admis dans notre répertoire les immigrés de l'étranger qui sont venus ici, pour une cause ou l'autre, prendre part à notre activité littéraire à l'ombre de nos institutions libres.

Mais, dans cette catégorie, il a fallu nécessairement n'admettre que ceux-là seuls dont le séjour a pu contribuer à notre développement intellectuel, ceux qui ont pris, en quelque sorte, notre sol pour une patrie temporaire. Nous n'avons pas songé à y comprendre ces nombreux exilés que les vicissitudes politiques ont conduits ici, quelquefois pendant un temps assez long, mais pour lesquels la Belgique n'a été qu'une hôtellerie passagère où rien ne les retenait.

Nous ne pouvions, en cet ordre d'idées, nous tracer des règles absolues; aussi, avant d'accepter un nom, l'avons-nous toujours soumis à la discussion, et l'on ne pourra nous accuser que d'une chose de n'avoir peut-être pas été assez larges dans nos admissions.

Pour ces concitoyens littéraires du moment, nous avons même inséré dans leurs articles respectifs les ouvrages qu'ils ont publiés à l'étranger soit avant, soit après leur séjour en Belgique. L'influence que l'homme a pu exercer chez nous ne se mesure pas uniquement par ceux de ses écrits qui sont éclos sur notre sol; elle dérive de l'ensemble de son œuvre. Nous citerons en témoignage ces nombreux professeurs de nos universités, de nationalité étrangère, que le gouvernement a appelés pour enseigner la science dans laquelle ils s'étaient fait un nom. Presque toujours, c'est par leurs travaux que l'attention a été attirée sur eux. L'enseignement qu'ils

ont donné, les ouvrages qu'ils ont écrits en Belgique doivent être considérés comme la continuation des premiers et ne peuvent en être distraits. Tous ensemble représentent l'action que le professeur a exercée, les services qu'il a rendus au progrès.

C'est en vertu du même principe de l'indivisibilité de l'homme et de son œuvre que nous avons résolu de mentionner, dans la notice bibliographique des auteurs, les ouvrages qu'ils avaient publiés avant 1830. Cette addition est logique nous n'avons pas seulement à opérer l'inventaire des ouvrages imprimés en Belgique de 1830 à 1880, mais à dresser le bilan littéraire des hommes qui ont contribué au mouvement intellectuel en Belgique pendant cette période semi-séculaire.

En ce qui concerne les traductions, nous suivons les règles généralement adoptées. Nous n'avons qu'une courte remarque à faire au sujet de quelques traductions anonymes en langue néerlandaise celles de ces traductions qui ont été imprimées en Belgique ont été considérées comme ayant été exécutées par des Belges. En outre, nous nous sommes adressés aux maisons éditrices existant encore, et nous avons obtenu, de cette façon, beaucoup de renseignements positifs.

La collaboration des auteurs aux recueils périodiques et aux bulletins des sociétés savantes sera-t-elle mentionnée, et comment le sera-t-elle ? Cette question a fait l'objet d'une discussion spéciale.

La question était importante. En effet, dans un pays aux limites étroites comme le nôtre, où, par conséquent, le marché littéraire est restreint, la publication d'un livre devient une affaire chanceuse qui soulève très souvent une légitime hésitation. Aussi, quand un savant, un historien, un littérateur a fait une découverte en histoire, résolu quelque problème scientifique, écrit un poème, un roman, une étude, au lieu de publier son travail en volume, il s'empresse plutôt d'en faire l'insertion dans quelque publication collective. On peut donc dire que, chez nous, l'activité intellectuelle comme le mouvement scientifique se retrouvent moins dans le livre que dans la revue ou le bulletin. On pourrait citer plus d'un savant de premier ordre, plus d'un écrivain estimé dont la plupart des travaux, sinon tous, ont vu le jour soit dans un recueil d'académie ou de société, soit dans un organe de vulgarisation scientifique. Très souvent, sans doute, le mémoire ou la notice sont tirés à part, livrés même au commerce; très souvent aussi ils restent confinés dans le recueil collectif et, s'ils n'y sont point ignorés des érudits, ils ne sont pas toujours signalés par les bibliographes.

Les rédacteurs de ce dictionnaire savent que, pour présenter le tableau

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absolument complet de notre mouvement intellectuel, il serait nécessaire d'y faire figurer toute la masse de travail scientifique emmagasinée dans les recueils collectifs. Aussi, dans leurs premiers programmes publiés, insérèrent-ils cet article:

« Les travaux et publications émanant de collectivités de tout ordre sociétés savantes, administrations, groupes de rédacteurs, etc. »

Mais ils y ajoutèrent le correctif : « Cette nomenclature fera l'objet d'une seconde partie. ».

En effet, après un examen sérieux, on reconnut qu'il était impossible de comprendre dans le programme de la Bibliographie nationale le relevé de tous les travaux insérés dans les susdits recueils.

La section littéraire de la Commission des échanges internationaux a dressé, en 1877, un relevé de tous les écrits périodiques qui se publient par les sociétés savantes, les administrations publiques, les associations et les particuliers. A ce relevé fut ajouté, en 1880, un supplément.

Or, nous trouvons qu'à cette dernière date il y avait, en Belgique, 88 collectivités, académies, cercles, instituts, sociétés, etc., publiant leurs travaux dans des bulletins, annales, mémoires, etc.; et environ 125 publications périodiques consacrées à l'étude générale ou spéciale de toutes les branches de l'activité humaine, en dehors des journaux politiques.

A ce nombre déjà considérable, il faut ajouter ceux de ces recueils qui ont paru dans la période de 1830 à 1880, mais qui n'existaient plus à cette dernière date.

On peut donc évaluer le nombre total de ces recueils collectifs à 500, chiffre énorme et qui, dans son rapport avec la population, n'est peutêtre atteint dans aucun pays d'Europe.

Il eût fallu dépouiller avec soin les travaux insérés dans ces recueils; des calculs très approximatifs nous ont appris qu'il s'agissait de faire cette opération dans une quotité de plus de 5,000 volumes.

Le temps, le personnel, le budget, et surtout l'ensemble des recueils eux-mêmes, tout nous manquait pour tenter cette vaste entreprise. Nous avons dû y renoncer et y suppléer de la manière qu'il sera dit plus loin.

Disons, toutefois, en passant, que l'entreprise s'impose et que, tôt ou tard, elle devra être exécutée. Dans la plupart des pays voisins, il existe des tables systématiques des articles contenus dans les recueils collectifs; chez nous, elles font absolument défaut; trois ou quatre tables partielles qui ont été publiées sont trop incomplètes pour rendre des services.

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