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Des Guerrois, Grosley 2 et Courtalon3 n'ont fait que répéter.

le

Au commencement du XIXe siècle, le sujet attira l'attention de Boissy-d'Anglas, qui en fit une étude de quelques pages mais il semble qu'il n'ait connu les pièces que par l'inventaire de Dupuy et qu'il ne se soit point risqué à développer les rouleaux d'enquête en tout cas il n'a point su les lire. Il a compris toutefois quel rapport, ou du moins, quelle ressemblance existait entre ce procès et celui des Templiers, et l'a signalée sans l'approfondir, en émettant sur la cause du procès de Guichard, avec une connaissance insuffisante du sujet, une hypothèse qui ne nous semble pas fondée. Un récent historien de Troyes, M. Théophile Boutiot n'a fait qu'abréger le mémoire et prendre les conclusions de Boissy-d'Anglas, en ajoutant quelques renseignements puisés à l'Inventaire des Archives départementales de l'Aube par M. d'Arbois de Jubainville, ou tirés de sources qu'il n'indique pas, - sans se dispenser, non plus que Boissy-d'Anglas, d'erreurs grossières.

1. Vies des évêques de Troyes, dans La Saincteté chrestienne (Troyes, 1637,4°), fol. 365-66.

2. Ephémérides troyennes (1760 et 1811).

3. Courtalon-Delaistre, Topographie historique du diocèse et de la ville de Troyes (1783), I, 365-67.

4. Mémoire sur le procès de Guichard, évêque de Troyes, en 1304 et années suivantes (Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 1822, tome VI, pp. 603-619).

5. Voici quelques-unes des erreurs de Boissy d'Anglas; elles donnent une idée de la légèreté qu'il apportait à cette étude il lit Romisant pour Boursaud; un incube nommé Petum pour Neton; le prieur de SaintAdolphe pour Saint-Ayoul; Guillaume d'Hangers pour Guillaume de Hangest; il place enfin en 1304, sans qu'on sache pourquoi, une enquête faite en 1308 par Noffo Dei, brouillant ainsi les faits et la marche du procès. 6. Histoire de Troyes et de la Champagne méridionale, II, 9-19.

Cependant les pièces du procès se trouvaient réunies aux Archives Nationales, dans un carton du Trésor des Chartes, (J. 438), à côté des autres grands procès de l'époque, comme ceux de Pierre de Benais, de Bernard Saisset, de Robert d'Artois, etc. Voici quelles sont ces pièces, d'ailleurs d'importance fort inégale :

Nos 1 et 2. Lettres de Jean de Calais au roi et à la reine de France (en français).

3. Pièce du « processus » qui semble inachevée.

4. Rouleau : enquête de Noffo Dei à Troyes (1er décembre 1308) portant au dos Informatio secreta contra Guichardum episcopum Trecensem (en français).

5. Articles contre l'évêque de Troyes (en français).

6. Rouleau dépositions des témoins.

7. Rouleau: Processus factus in negocio inqueste episcopi Trecensis, una cum pluribus aliis ad dictam inquisitionem pertinentibus.

8. Rouleau articles du bailli de Sens contre l'évêque de Troyes. 9. Articles contre l'évêque de Troyes, portant au dos : Les noviaus articles et la commission le pape contre l'evesque de Troies, que l'on baillera monseigneur Guillaume de Nougaret. (double du n° 5).

10. Lettres de procuration de l'évêque pour sa défense. 11. Lettre de démission de l'archevêque de Sens.

12. Lettre de Jean de Gray, greffier dans l'enquête au pape.

En outre, dans le carton J. 206, se trouve une pièce qui nous a paru distraite du dossier d'un procès mené contre l'évêque antérieurement au grand procès de 1308: c'est une lettre personnelle de Guichard à un « épicier » florentin.

Les renseignements que nous a procurés le dépouillement de cette longue enquête sur la période de la vie de Guichard

antérieure au procès sont fort nombreux et circonstanciés : c'est grâce à eux particulièrement que nous avons pu connaître cette mystérieuse affaire de Jean de Calais qui précéda le grand procès et qui n'en fut, selon nous, que le prélude; mais ces renseignements portent aussi sur la carrière de l'évêque, depuis sa naissance jusqu'au jour où il fut arrêté, sur son élévation successive aux dignités de prieur, d'abbé, enfin d'évêque, sur son rôle en Champagne, sur tout ce que l'on pourrait appeler d'un mot, ses antécédents.

Les Archives de l'Aube nous ont fourni en quelque sorte la contre-preuve de ces renseignements: elle nous en ont permis la confirmation et le contrôle. Du fonds de l'évêché, du fonds du chapitre, de celui de Montier-la-Celle dont Guichard fut abbé, nous avons tiré un certain nombre d'actes qui nous ont servi à fixer des dates, à préciser des faits. Deux actes des plus importants relatifs à cette période avaient déjà été publiés : Camuzat avait édité, à peu près correctement, le grand règlement de 1304 entre l'évêque et son chapitre; l'abbé Lalore avait publié, avec sa fantaisie habituelle, l'enquête relative au palefroi de l'évêque Guichard, dans l'affaire de Notre-Dame-aux-Nonnains. Nous avons collationné et réédité le premier de ces actes à cause de son importance pour l'histoire de l'évêque; nous nous contentons de signaler la mauvaise édition du second. L'abbé Lalore a encore tiré des Archives de l'Aube ou de la bibliothèque de la ville de Troyes quelques pièces ou mentions que leur publication ne nous a pas dispensé de revoir et de reproduire après lui.

1. Ouv. cit., fol. 193.

2. Ch. Lalore, Documents relatifs à l'abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes, pp. 133-37.

Les Archives de Seine-et-Marne Guichard fut prieur de Saint-Ayoul de Provins - ne nous offraient point de ressources, le fonds de Saint-Ayoul n'ayant plus d'archives anciennes. Nous avons utilisé à Provins le Cartulaire de la ville de Provins et le manuscrit d'une Histoire ecclésiastique de Provins par l'abbé Ythier, conservés à la bibliothèque de la ville.

La Bibliothèque Nationale nous a d'ailleurs donné un complément de renseignements non moins abondant et plus intéressant que les fonds d'archives diverses. Sans parler des extraits du Journal du Trésor de Philippe le Bel2, de la Table de Robert Mignon 3, de la collection Moreau, qui nous ont donné les comptes de régale de l'évêché de Troyes avant la nomination de Guichard, les comptes de mainmise pendant l'emprisonnement de l'évêque,

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nous avons

retrouvé, dans une version de Renard le Contrefait par un clerc de Troyes, environ cent cinquante vers sur l'histoire de Guichard, écrits trente ans à peine après le scandale de son procès, et qui nous donnent, avec la chronique rimée attribuée à Geffroi de Paris, l'impression produite sur les contemporains par cet évènement.

Ainsi reconstitué, il s'en faut que le procès de Guichard ait encore toute sa physionomie. Avec les documents dont nous disposions, ceux de l'enquête surtout, dont les pièces intactes nous gardaient encore de cette histoire, après six

1. M. Félix Bourquelot en a donné une analyse dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, 4° série, tome II, pp. 194, 428.

2. Bibl. Nat., ms. lat. 9783. 3. Bibl. Nat., ms. lat. 9069.

4. Bibl. Nat., ms. franç., 370.

cents ans,

comme une impression fraîche et la couleur inaltérée des choses, nous avons essayé de restituer la vie de l'évêque et cette figure personnelle de prélat grand seigneur, à l'allure mondaine, dont la fortune fut un roman. Mais si l'évêque nous apparaît avec des traits plus nets, si nous avons pu, mieux que nos devanciers, approfondir son mystérieux procès, nous ne craignons point de l'avouer, l'énigme toujours nous échappe. De ce drame historique, tôt enveloppé de silence, l'intrigue nous arrive décousue, étouffée, comme une rumeur trop lointaine; sur cette société que l'on sent si agitée, si passionnée, si vivante, trop de temps et d'oubli a passé trop de noms nous sont inconnus, trop d'autres sont effacés, trop peu nous restent de figures animées; et plus d'un même, des premiers personnages, serait encore à connaître : Jeanne, la reine de France, sa mère, la reine Blanche de Navarre, et cet Italien dont le rôle étrange et obscur n'a jamais été éclairé, Noffo Dei.

Si nous n'avons pu réussir à le reproduire avec son entier et plein relief, du moins avons-nous mis au jour ce procès curieux qui nous fait connaître, avec la vérité de la couleur et la saveur de la vie intime, les personnages, les mœurs, les croyances d'une société.

Nous ne pouvions, sans donner à ce travail un volume énorme, rapporter intégralement les dépositions des témoins dont la masse emplit un rouleau de cinquante-trois mètres de longueur. D'autre part, les témoins, interrogés d'après un même formulaire, même formulaire, ne font souvent que se répéter. Nous avons cru pouvoir, pour chaque article d'ac

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