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DE MÉDECINE

JANVIER 1877.

MÉMOIRES ORIGINAUX

LA THÉRAPEUTIQUE JUGÉE PAR LES CHIFFRES

Par les Dr Ch. LASÈGUE et J. REGNAULD,

Professeurs à la Faculté de médecine.

Rien ne semble plus facile que de suivre le mouvement de la pathologie. Les traités généraux s'inspirent des idées régnantes, et leur succès dépend de leur sens de l'actualité. Les monographies témoignent, par le choix des sujets autant que par la manière dont ils sont envisagés, des tendances médicales de l'époque où elles se produisent. On estime ainsi la direction imprimée par les maîtres, mais on apprécie moins aisément l'influence exercée sur les élèves. Il ne suffit pas qu'une doctrine apparaisse ou qu'elle brille même d'un certain éclat parmi les esprits désireux du nouveau, pour qu'elle se répande dans l'ensemble de la corporation, qui, indifférente ou préoccupée, s'associe lentement au progrès ou se laisse entraîner par un enthousiasme difficile à prévoir et à calculer.

Le mouvement de la thérapeutique est tout autrement dé→ licat à constater. Les mémoires originaux ne sont que par exception désintéressés, soit que les auteurs aient succombé à des convictions hâtives, soit qu'ils aient été inspirés par des sentiments moins excusables. Tout praticien passe sa vie à la recherche du mieux en fait de remèdes. Chaque innovation le

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visionner, outre l'Hôtel-Dieu, les hôpitaux Saint-Louis et Sainte-Anne, qui, d'ailleurs, ne fonctionnaient régulièrement que pendant la durée des épidémies graves.

En 1796, à la suite des études poursuivies et des règlements édictés par la commission des hospices, la pharmacie centrale reçut une organisation qu'on peut dire définitive, tant les modifications apportées depuis lors à cette première réglementation ont été réduites. Très-imparfaite à son début, mal installée dans les bâtiments des Enfants-Trouvés (1), la pharmacie fut transférée, en 1812, dans les localités qu'elle occupe aujourd'hui, et qui avaient appartenu précédemment à la communauté religieuse des Miramiones.

En principe, le service de la Pharmacie centrale se limitait exclusivement aux fondations hospitalières relevant de l'administration des hospices. Peu à peu sa sphère d'action s'étendit, et l'on fit participer non seulement aux avantages matériels, mais aux garanties croissantes qu'elle offrait, d'abord les maisons de secours ou bureaux de bienfaisance, plus tard les prisons de la Seine et un petit nombre d'institutions charitables reconnues d'utilité publique.

Aujourd'hui, grâce à l'accroissement de la population parisienne et à l'extension du fonctionnement, la Pharmacie centrale est devenue un établissement d'une importance exceptionnelle. Tous les médicaments pharmaceutiques y sont préparés; quant aux drogues simples et aux produits chimiques, ils ne sont admis à l'usage qu'après avoir été soumis à des essais analytiques et à l'expertise d'une commission nombreuse choisie parmi les notabilités de la pharmacie, du commerce, et dont font également partie les médecins et les pharmaciens des hôpitaux. Toutes ces matières sont délivrées strictement aux prix de revient et directement remboursées à la caisse générale de l'administration de l'Assistance publique.

Il serait injuste de ne pas déclarer qu'à Soubeiran revient l'honneur, non pas de la fondation, mais de l'organisation du

(1) Ce bâtiment, qui vient d'être détruit pour la construction du nouvel HôtelDieu, a été longtemps le chef-lieu de l'administration des hôpitaux et le siége du Bureau central d'admission des malades.

sollicite, puis le découragement succède à la foi, ou la confiance se raffermit par la continuité de l'expérience. Là, chacun travaille pour soi, tandis que les auteurs croient travailler pour

tous.

La pratique s'individualise à un tel point, que non-seulement les médecins d'un même pays, mais ceux d'une même ville et du même hôpital, ignorent les agissements de leurs confrères ou de leurs collègues.

Seuls, les pharmaciens pourraient écrire l'histoire de la thérapeutique fondée sur la comparaison des prescriptions. A cette histoire il manquerait la sanction des résultats; mais où puiser les éléments d'une étude impartiale des remèdes en regard des maladies? Nous savons ce que valent les statistiques comparées et combien le numérisme qui s'adapte aux médicaments contraste avec l'incalculable mobilité des états morbides.

Résoudre le problème de l'activité des médicaments nous paraît impossible, et nous avons pensé qu'en le décomposant, on arriverait à présenter sous une forme instructive une des faces dé la question. C'est à l'exposé pharmacologique dont nous ne nous dissimulons ni l'aridité ni l'insuffisance qu'est consacré le présent travail. Nous avons pu l'entreprendre grâce à une institution unique au monde, la Pharmacie centrale des hôpitaux et hospices civils de Paris, qui centralise la préparation, l'achat et la distribution de tous les médicaments sans exception, employés dans les établissements hospitaliers de la ville.

La fondation de la Pharmacie centrale date seulement de l'an III de la République française (1794).

Jusque vers la seconde moitié du XVIIIe siècle, chaque hôpital et hospice de Paris était pourvu d'une apothicairerie spéciale à l'usage des malades résidents ou externes.

Cependant des tentatives de centralisation avaient été réalisées dans quelques établissements. C'est ainsi qu'au commencement du règne de Louis XV, il existait, à la Salpêtrière, une apothicairerie suffisante pour satisfaire aux besoins des diverses dépendances de l'hôpital général.

Plus tard, en 1756, par mesure d'ordre et d'économie, l'apothicairerie de l'Hôtel-Dieu fut organisée de manière à appro

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