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attention à un phénomène non encore reconnu comme espèce particulière. Probablement encore, dans plusieurs orages électriques, les coups de foudres ordinaires se compliquent de la présence de foudres globulaires. Enfin je dirai que, malgré bien des réflexions sur ce singulier météore, et bien des conversations avec les physiciens les plus habiles en électricité, je n'ai imaginé aucune expérience de cabinet qui pût faire espérer de reproduire ces phénomènes si extraordinaires d'électricité à lente transmission.

» L'objet de cette Note est de mettre sous les yeux de l'Académie un des cas de foudre globulaire que l'Académie m'avait chargé de constater il y a quelques années, et qui avait frappé non en arrivant, mais en se retirant, pour ainsi dire, une maison située rue Saint-Jacques, dans le voisinage du Val-de-Grâce, et à une distance telle, qu'il semblait qu'elle eût dû être préservée de tout accident de ce genre par le haut paratonnerre qui surmonte le dôme de l'église du Val-de-Grâce. Voici en peu de mots le récit de l'ouvrier dans la chambre duquel le tonnerre en boule descendit pour remonter ensuite. Après un assez fort coup de tonnerre, mais non immé. diatement après, cet ouvrier, dont la profession est celle de tailleur, étant assis à côté de sa table et finissant de prendre son repas, vit tout à coup châssis garni de papier qui fermait la cheminée s'abattre comme renversé par un coup de vent assez modéré, et un globe de feu gros comme la tête d'un enfant sortir tout doucement de la cheminée, et se promener lente-, ment par la chambre à peu de hauteur au-dessus des briques du pavé. L'aspect du globe de feu était encore, suivant l'ouvrier tailleur, celui d'un jeune chat de grosseur moyenne pelotonné sur lui-même et se mouvant sans être porté sur des pattes. Le globe de feu était plutôt brillant et lumi

eux qu'il ne semblait chaud et enflammé, et l'ouvrier n'eut aucune sensation de chaleur. Ce globe s'approcha de ses pieds comme un jeune chat qui veut jouer et se frotter aux jambes, suivant l'habitude de ces animaux; mais l'ouvrier écarta les pieds, et par plusieurs mouvements de précaution, mais tous exécutés, suivant lui, très-doucement, il évita le contact du météore. Celui-ci parait être resté plusieurs secondes autour des pieds de l'ouvrier assis, qui l'examinait attentivement penché en avant et au-dessus. Après avoir essayé quelques excursions dans divers sens sans cependant quitter le milieu de la chambre, le globe de feu s'éleva verticalement à la hauteur de la tête de l'ouvrier, qui, pour éviter d'être touché au visage, et en même temps pour suivre des yeux le météore, se redressa en se renversant en arrière sur sa chaise. Arrivé à la hauteur d'environ 1 mètre audessus du pavé, le globe de feu s'allongea un peu et se dirigea obliquement

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vers un trou percé dans la cheminée environ à i mètre au-dessus de la tablette supérieure de cette cheminée.

» Ce trou avait servi à faire passer le tuyau d'un poèle qui pendant l'hiver avait servi à l'ouvrier. Mais, suivant l'expression de ce dernier, le tonnerre ne pouvait le voir, car il était fermé par du papier qui avait été collé dessus. Le globe de feu alla droit à ce trou, en décolla le papier sans l'endommager et remonta dans la cheminée; alors, suivant le dire du témoin, après avoir pris le temps de remonter le long de la cheminée du train dont il allait, c'est-à-dire assez lentement, le tonnerre, arrivé au haut de la cheminée, qui était au moins à 20 mètres du sol de la cour, produisit une explosion épouvantable qui détruisit une partie du faite de la cheminée et en projeta les débris dans la cour; les toitures de plusieurs petites constructions furent 'enfoncées, mais il n'y eut heureusement aucun accident. Le logement du tailleur était au troisième étage et n'était pas

à moitié de la hauteur de la maison; les étages inférieurs ne furent pas

visités par la foudre et les mouvements du globe foudroyant furent toujours lents et non saccadés. Son éclat n'était point éblouissant, et il ne répandait aucune chaleur sensible. Ce globe ne paraît pas avoir eu de la tendance à suivre les corps conducteurs et à céder aux courants d'air.

» Pour terminer ceci et pour revenir à l'opinion énoncée plus haut, que dans les orages il peut quelquefois arriver qu'il y ait des foudres globulaires mêlées aux éclairs foudroyants ordinaires, je citerai l'exemple d'une maison située près de l'avenue du Maine, rue Lebouis, qui pendant l'automne de 1850 fut frappée par un immense coup foudroyant qui l'enveloppa et laissa partout des traces de son passage à l'extérieur. La couverture était en zinc et le faite de tous les murs était recouvert en métal. De nombreux tuyaux métalliques pour la conduite des eaux formaient, avec les toits cou-, verts en métal, un admirable système de préservation; il n'y eut intérieu-, rement aucun dégât, mais, après le premier coup de foudre, une seconde explosion endommagea l'un des coins du mur au-dessous du revêtement métallique qui le couvrait intérieurement : c'était sans doute un tonnerre en boule dont les masses conductrices n'avaient point préservé le mur. Au reste,

le but de cette Note étant de rendre les observateurs attentifs à ces foudres globulaires, je m'abstiendrai ici de tout essai de théorie sur les fulminations électriques ou chimiques, aussi bien que sur les fusions froides et chaudes des métaux foudroyés.

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MÉTÉOROLOGIE. - Note relative à la communication faite par M. Renou,

sur l'excès de la température inoyenne des rivières au-dessus de la température moyenne de l'air ambiant; par M. BABINET.

« L'observation de M. Renou (Comptes rendus, 14 juin 1852), en supposant qu'on puisse la généraliser, offre un fait très-curieux et très-inattendu, mais qui se préte, il me semble, à une explication naturelle. On sait que

dans les pays à.pluies d'été prépondérantes, les sources ont une température moyenne supérieure à la moyenne de l'air. C'est le contraire pour les pays à pluies d'hiver. Mais cette différence est peu de chose. En Angleterre, la fréquence et la continuité des pluies rend la moyenne température des sources égale à celle de l'air. On aurait donc été tenté de transporter ces notions aux rivières, et même, en tenant compte de l'évaporation et de cette circonstance importante que la source des rivières est toujours , dans une localité d'un niveau supérieur et partant plus froide, on était disposé à conclure que dans une portion quelconque de leur cours les rivières devaient avoir une température inférieure à celle de l'air en ce lieu. Ces causes de réfrigération me semblent toujours devoir être admises comme influentes; mais il est une cause de chaleur qui se manifeste en mille autres circonstances, et qui semble prédominer ici. Je veux parler de la concentration et de l'accumulation des rayons du soleil quand, après avoir traversé à l'état de chaleur solaire un milieu ou une atmosphère diaphane, ils se présentent pour rayonner et sortir au travers de ce même milieu à l'état de chaleur terrestre. Tout le monde connaît l'effet de l'atmosphère pour élever la température du globe au-dessus de ce qu'elle serait sans la présence de cette atmosphère. On connaît aussi l'expérience de Saussure et celle de Sir John Herschel, et tous les jours dans nos jardins, nous voyons une cloche en verre posée sur le sol en plein soleil élever considérablement la température du terrain qu'elle recouvre; car les rayons solaires introduits et accumulés ne peuvent plus franchir de nouveau l'enceinte de verre pour s'échapper, lorsqu'ils se sont transformés en rayonnements terrestres. Le cas observé par M. Renou me semble tout à fait analogue et avoir pour cause l'introduction sans retour des rayons solaires dans l'eau de la rivière dont ils vont frapper le fond, au travers de l'épaisseur du courant, car ce milieu est perméable aux rayons de chaleur solaire, mais il oppose un obstacle presque complet à la sortie de ces mêmes rayons une fois qu'ils sont devenus chaleur et rayonnements terrestres.

» Sans étendre davantage cette Note, je dirai que l'excès de température

des rivières provient : 1° de ce que dans l'hiver toutes les sources et filtrations affluentes à une rivière y apportent de l'eau à une température supérieure à celle de l'air; et 2° que dans l'été, l'absorption des rayons solaires qui pénètrent la nappe d'eau sans pouvoir en ressortir, élève aussi dans cette saison la température de la rivière. Pour ces deux causes et nonobstant les causes contraires, on doit observer un excès de température dans le milieu soumis à ces influences. Il restera à examiner si cette explication se prête à toutes les particularités relatives aux saisons, à la profondeur du lit, à son étendue et, enfin, aux effets connus des changements d'altitude et de latitude des diverses rivières en divers points de leur cours, soit qu'elles doivent leur origine à des localités marécageuses, à des sources ou à des glaciers (1). »

MÉTÉOROLOGIE. - Remarque de M. Faye sur la communication précédente

de M. Babinet, et extrait d'une Lettre de M. E. Renou.

« La Note dont notre savant confrère vient de donner lecture montre bien l'importance des phénomènes météorologiques signalés par M. E. Renou, et communiqués par moi, en son nom, à l'Académie, dans une de ses dernières séances. Mais il est de mon devoir de dire à l'Académie que l'explication proposée par M. Babinet n'avait point échappé à l'auteur. M. Renou a fait plus encore, il a suivi et vérifié, par près de quatre années d'observations, l'action de la cause à laquelle il attribue la surélévation de température des rivières, jusque dans le détail des variations diurnes de cette température.

» J'avais supprimé la partie théorique de la communication de M. Renou, afin de rester dans les limites imposées par le Règlement des Comptes rendus; mais je puis ici la rétablir, sinon dans toute son étendue (2), du moins d'une manière assez complète pour mettre la pensée de l'anteur dans tout son jour, en attendant qu'il lui donne de plus amples développements par la publication de ses longs et consciencieux travaux météorologiques.

(1) Dans la zone torride, l'effet indiqué dans cette Note doit être immense et semble justifier l'expression de Lucain sur la chaleur des eaux du Nil au-dessus de l'Égypte. Nilum videre calentem. Tous les amateurs de natation savent aussi avec quelle rapidité s'échausfent les rivières par quelques jours de soleil.

(2) Mes papiers ayant été mis en désordre par un déménagement récent, je n'ai pu relrouver dans son entier la Note qui m'avait été remise par M. Renou.

« Quand on observe le Loir d'une manière suivie, disait M. Renou, on » reconnaît que lorsque la température de l'air est de 5 à 6 degrés au» dessus de celle de la rivière, celle-ci ne s'échauffe que de quelques cen» tièmes de degré par heure; le soleil se montre-t-il, quand même l'air est

plus froid que l'eau, la température de celle-ci s'élève de plusieurs » dixièmes. Cette différence d'action suffit pour faire comprendre l'excé» dant de temperature indiqué par la rivière.

» Un autre fait me paraît bien digne de remarque : il arrive très-sou» vent que la température de l'air étant, par exemple, 10 degrés, celle de » la rivière 13 degrés, et le temps couvert, on voit la température de la » rivière s'élever de plusieurs dixièmes de degré dans la journée; on voit » donc que la chaleur solaire traverse assez une couche épaisse de nuages » pour influencer directement la température de la rivière. »

PALÉONTOLOGIE. Note sur les fouilles que l'Administration du Muséum

d'Histoire naturelle vient de faire exécuter dans la colline de Sansan, département du Gers, sous la direction de M. Laurillard; par M. DUVERNOY.

« Le Compte rendu de la séance de l'Académie du 2 juin 185ı renferme une Lettre (1) que venait de m'adresser M. Laurillard, envoyé à Sansan par l'Administration du Muséum d'Histoire naturelle, pour y continuer les fouilles commencées par M. Lartet, dès la fin de 1834, dans la colline fossilifère

que les découvertes de ce savant paléontologiste ont rendue célèbre. On sait que cette colline, dont la superficie est d'environ 4 hectares, a été acquise au domaine public par une loi rendue en août 1847, sur la proposition de M. de Salvandy, alors Ministre de l'Instruction publique, y compris une maison construite sur son sommet, pour la somme de 5500 francs (2). Notre honorable collègue M. Constant Prevost avait singulièrement contribué, par ses démarches, à cette acquisition. Durant une tournée géologique qu'il avait faite dans les Pyrénées en 1845, il s'était convaincu de l'importance des découvertes qui pourraient être faites dans ee terrain fossilifère; par celles que les fouilles faites sous la direction de M. Lartet, qui ne comprenaient que la vingtième partie du terrain à explorer, avaient produites.

(1) Tome XXXII, page 344. (2) Voir, à ce sujet, la Notice sur la colline de Sansan , par M. Ed. Lartet, année 1851.

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