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« Il dit qu'un homme de sa connaissance avait mis toute la Bible en vaudevilles qu'on appela guéridons, et il en sait quelques vers qu'il a bien la mine d'avoir faits. »

M. Monmerqué commente ainsi les lignes qui précèdent : « Il existe des facéties du temps de la régence de Marie de Médicis qui ont pu faire donner à ces vaudevilles le nom de guéridons. L'éditeur en possède deux. La première

est intitulée : les folastres et joyeuses amours de Gueridon et Robinette. Paris, 1614, in-8°. La seconde a pour titre : Ballet des Argonautes, où est representé Guelindon dans une caisse, comme venant de Provence, et Robinette dans une gaine, comme estant de Chastellerault. Ce jeudi vingt-troisiesme jour de janvier 1614 au Louvre. Paris, 1614, in-8°. Ce ballet est indiqué dans l'ouvrage du duc de la Vallière, 1760, in-8°, p. 49. »

Il semble bien que le nom propre de Guéridon, qui figure dans ces facéties représentées devant Marie de Médicis, est d'origine italienne, comme ceux de Scaramouche, Arlequin, etc., et son rapprochement avec le nom très-pastoral de Robinette pourrait inciter à voir en lui une forme corrompue de Corydon.

Je livre cette conjecture à l'examen de notre tribunal philologique, et vous prie d'agréer, Monsieur le Directeur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Joseph DEPOIN,

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Président du Cercle sténographique de l'Ile-de-France. Si Guéridon venait de Corydon, celui-ci ne pourrait guère s'appliquer qu'au berger dont parle Virgile dans sa 2o églogue. Or, je ne crois pas que le nom de cet amoureux-là ait jamais eu quelque chance d'être donné à celui de Robinette.

Quant à Guélindon, c'était une seconde forme de Guéridon obtenue par une permutation de lettres, forme qu'on employait assez volontiers pour l'autre (elle se trouve à tous les endroits du Ballet des Argonautes, où il s'agit de Guéridon), mais qui ne peut rien apprendre sur l'origine cherchée.

L'opuscule intitulé les folastres et joyeuses amours de Gueridon et Robinette relate ce qui suit :

Guéridon naquit à Marseille « en Provence. »

De santé trop délicate pour supporter le voisinage de la mer, et d'ailleurs à l'âge où l'on commence à sentir le besoin d'aimer, il vint en France pour s'instruire de nos << humeurs, » voir Paris et apprendre les nouvelles de la Cour.

Sur son chemin, à Roanne, il rencontre un personnage qui offre de lui faire connaître Madame Robinette, << une fille aisnée de noble race, doüee de toute sorte de perfections, fille usante et jouissante de ses droicts, qui entend mieux à faire ployer une lame qu'à la rompre, qui n'aspire en ce monde que son plaisir.

l'amener à l'hôtel où Guéridon l'att grande impatience.

Guéridon était un esprit faible; Robi bientôt, mais elle ne s'en fâche point suivra que plus aisément ses première

L'insensé Guéridon épouse Robinet jours après, il est contraint d'aller e qui ternit tellement sa réputation que comme on en parle. »

Enfin Guéridon meurt après avoi récompensé que possible de son affection

Histoire ou légende, ce récit me s véritable origine de Guéridon, qui aur l'auteur, comme l'a dit M. Francisque M. Kastner (Courrier de Vaugelas, 6° mais bien l'objet des vaudevilles qui cou nom, ce que lendent à prouver ces parole s'adressant au Roi, dans le Ballet des A

Grand Roy de qui la gloire avec l'aage Il est vray que mon nom sur les auti Et que tous en leurs chants me font un Du reste, cette origine explique parfaite fications diverses que nous trouvons à ce tunes de Guéridon furent chansonnées royaume, » et probablement sur un ce chansons analogues à celles où il s'agissa pelèrent des guéridons; quand Marie de duisit les ballets en France, on appela a le personnage qui, portant un flambeau milieu d'une ronde, était condamné à v s'embrasser sans prendre part à leur div de là, ce nom passa aux candélabres qui dans les escaliers des palais; et enfin, on ridon une petite table à un pied destine porter une lumière, et plus tard, des porcela

Si je ne m'abuse une seconde fois, l'ét mot guéridon serait donc enfin trouvée, grâce à la communication que M. Joseph D voulu m'adresser.

III.

Le 13 avril, j'ai reçu la lettre suivante, trait à l'orthographe d'un participe passé :

Monsieur,

Dans votre numéro du 15 mars dernier, en celui de vos lecteurs qui s'était désigné comm d'une fileuse, vous avez terminé votre répo

Guéridon accepte; le mercure part, et quinze jours critique grammaticale au sujet de laquelle je vo après, il annonce qu'il a pressenti Robinette et qu'il croit à un prochain succès pour ses démarches.

Mais Guéridon ne peut vivre plus longtemps loin de celle qui occupe déjà toutes ses pensées; il prend la poste pendant la nuit et arrive à Orléans dans un hôtel où, par hasard, il retrouve Belle-fleur, son messager. A souper, on parle de Robinette, qui vient justement. d'envoyer à Belle-fleur une lettre pour Guéridon. Celuici, tout joyeux, écrit une réponse passionnée.

Belle-fleur, dont le zèle a été encouragé par un don de cent pistoles, rencontre Robinette près de la porte de la Pucelle; il lui offre le bras et parvient sans efforts à

la permission de prendre la défense de ce cor Cette critique me paraît, en effet, subordonne trop une règle certaine de grammaire à une que teuse d'étymologie. Il s'agit, je le rappelle, des e se mettre sur son trente-et-un ou se mettre sur so expressions dans lesquelles vous pensez que le ou le dix-huit représente le vêtement qu'on met un jour de parure. Je ne prétends nullement contes peut y avoir de vraisemblable dans cette opinion qui est certain, c'est que, dans l'état actuel de not la réunion des deux mots mettre sur n'a pas du servé le sens, que vous lui attribuez, d'un verbe portant après lui un régime direct dépendant de lieu d'un régime indirect dépendant de sur (il autrement si l'expression était mettre dessus). Je c

que, pour l'application de la grammaire dans la phrase qui a fait l'objet de votre correction, il est légitime, au moins jusqu'à ce que la vraisemblance de votre opinion étymologique ait acquis le caractère d'une vérité bien établie, de se baser sur la forme apparente de cette phrase et que la grand'maman fileuse, qui sans doute ne se préoccupait pas d'étymologie, mais qui avait bien appris sa règle des participes, était parfaitement dans son droit quand elle demandait à Marie-Jeanne en l'honneur de quoi elle s'était Imise sur son dix-huit.

Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de ma considération très-distinguée.

Un de vos lecteurs.

Dans mon numéro 22 de la 6° année, j'ai dit, p. 170, que le participe de cette phrase:

Tu es belle aujourd'hui, Marie-Jeanne; d'où vient que tu t'es mise sur ton dix-huit?

devait être laissé invariable, et cela, parce que, d'après l'explication que j'avais donnée précédemment, p. 445, cette phrase signifiait : « D'où vient que tu as mis à toi sur (ta personne) ton dix-huit. »

L'auteur de la communication qu'on vient de lire estime que, jusqu'à ce que la vraisemblance de mon. opinion étymologique ait acquis le caractère d'une vérité bien établie », on doit continuer, pour écrire la phrase en question, de se baser« sur la forme apparente >> de cette phrase.

Mais il n'est pas absolument nécessaire, pour conclure à l'invariabilité de mis, de s'appuyer sur l'étymoJogie de la phrase qui renferme ce participe; car sachant seulement que se mettre sur son dix-huit signifie se vê de son plus bel habit; que le verbe mettre est actif, et que le se qui l'accompagne désigne une personne, il est impossible de voir le régime direct dans un autre mot que dix-huit, et partant de faire varier le participe la phrase a beau sembler dire que c'est la personne qui se place sur le dix-huit, la raison combat. si fortement cette apparence qu'elle doit, à mon avis, en annuler les conséquences orthographiques.

Pour ne point trop offenser l'œil (car je conviens qu'il est un peu choqué ici), je crois qu'il serait bon que se mettre sur son dix-huit et son homonyme se mettre sur son trente-et-un reçussent une correction ou plutôt une restauration. En effet, au lieu de sur, pourquoi n'y écrirait-on pas sus, ainsi qu'on a prononcé autrefois et que la plupart prononcent encore? De cette manière, la construction de la phrase en question aurait de l'analogie avec celle de courir sus à quelqu'un, le sens amphibologique disparaîtrait, et l'invariabilité du participe irait pour ainsi dire d'elle-même.

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paupière qu'on abaisse et qu'on relève alternativement, ce qui se fait en signe de dérision et de mépris de là cette expression employée figurément pour dire qu'on se moque d'une chose.

Mais je ne puis admettre cette explication, la paupière qui s'abaisse et se relève non-seulement ne frappant pas l'œil, mais encore ne lui faisant pas la moindre offense.

En voici une autre qui m'a été adressée de Beauvais le 29 août 1875:

Je m'en bats l'œil signifie je me moque de cela et des conséquences, je n'en prendrai pas de souci.

Il est impossible de mettre cette phrase au pluriel d'une manière supportable, et même d'en donner une explication satisfaisante, tirée de la signification des mots qui la composent; mais en faisant subir à la prononciation une légère modification qui en amène une très-grande dans la forme écrite et disant je m'en baloie, on obtient une formule sensée qui s'applique parfaitement à l'idée qu'on veut exprimer, le vieux verbe se baloyer signifiant se réjouir, passer le temps en gaîté et sans soucis. On dit encore vulgairement, dans un sens analogue : je m'en bale. Se baloyer est évidemment augmentatif de se baler.

:

Je ne goûte pas plus cette seconde explication que la première, car si baloyer a jamais existé (je ne l'ai rencontré ni dans Roquefort, ni dans Du Cange, ni dans Cotgrave), il ne pouvait faire entendre le même son que bats l'œil, quelle qu'ait été d'ailleurs la prononciation de la diphthongue oi à l'époque où il était en usage.

Nous avons une expression identique par le sens à celle dont il est question ici, c'est s'en battre les fesses, expression signalée comme telle dans le Dictionnaire de Littré, et contenue dans ce passage de Scarron : Mais à ces discours d'ivrognesses. Le roi dit: Je m'en bats les fesses.

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Comment expliquez-vous que le mot COMME puisse signifier LORSQUE (je l'ai vu COMME il arrivait), et aussi DE QUELLE MANIÈRE (voilà COMME il a agi envers moi)? Je ne vois pas du tout ce qui a pu amener deux sens si différents.

-

Le latin quomodo, qui a passé en italien sous la forme come, en espagnol sous celle de como, est devenu en français comme (primitivement cum et com), ce dont voici la preuve:

Cum faitement li manderons nuvelles?
(Chanson de Rolland, p. 142.)
Si voirement com nous bien le creons.
(Ronc., p. 48.)
Comme leur oserions nous oster l'heritage de vie?
(Calvin, Instit. III, 359.)
Car suyvre faut la reigle et la loy de Christ,
Comme il l'a baillée par escrit.

(Marot, I, 272.) Mais la langue latine avait aussi la conjonction quum (écrite souvent cum), laquelle nous donna comme dans le sens de lorsque, et cela, justement sous les mêmes formes que comme dérivé de quomodo :

Cum il le vit, à ferir le desiret.

(Chans. de Roland, p, 126.)

Cum il entrerent en la cambre voltice,
Par bele amur soef salut i firent.

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Sans faire appel à la fée Morgane, comme Legoarant; sans invoquer le Morgangeba, don du matin, des Français du v° siècle (Voir Mezeray, Hist. de France, vol. I, p. 69); sans recourir au verbe goth maurgjan, restreindre, comme le fait Aug. Scheler, on peut assez facilement, il me semble, expliquer morganatique.

En effet, de quoi se compose cel adjectif?

De morgan, qui est en haut-allemand la forme de morgen, matin, et de atique, terminaison venue de aticus qui, d'après De Chevallet (Orig. sec. part. liv. II, p. 319), représente une idée « qui peut se rendre par qui est, ou qui se tient à, ou dans, qui est propre à, qui est destiné à. »

De sorte que mariage morganatique signifierait littéralement mariage du matin, expression qui me paraît

parfaitement s'adapter à un mariage de dérogation, la célébration a dû, da lieu plutôt à la faveur de l'ombre grande lumière du jour.

Quant à l'autre partie de votre ques y répondre d'une manière précise, j vous dire que ce mot ne se trouve à dans aucun dictionnaire français p de Napoléon Landais, qui date de 183

ÉTRANGER

COMMUNICATION.

Dans une lettre que j'ai reçue d'Ams 1876, se trouve le passage suivant :

A. Dans la sixième année du Courrier de V vous traduisez ouate par vad. Cependant j dictionnaires qui l'écrivent avec un tet

wat.

Ouate ne reçoit pas d'autre orthograpl hollandaise ou néerlandaise; son pluriel

B. M. Eman Martin dit dans le même estimable journal: « C'est donc une faut mot oignon sans i dans quelque circonsta Or, je lis dans le Dictionnaire complet d çaise par P. Larousse (3e édition, Paris, 18

« Ognon ou oignon, n. m. Plante potag beuse, partie renflée de la racine de ce ognons de lis, de jacynthe, de tulipe, e pieds. En rang d'ognons, loc. adv., sur u

La première de ces remarques es juste; je viens de consulter le Dictionna la Bibliothèque nationale: il écrit auss J'ai été induit en erreur par M. Littré, l'étymologie de ouate: « holl. vad. »

Ecrire ognon sans i parce que cette prononce pas, et écrire poignard, poig empoigner, moignon, où elle ne se prono tage, c'est commettre une inconséquer logique, il faut, ou ne mettre i dans aucu

ou le mettre dans tous.

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D'après Ménage, nabot aurait été tiré d navet, par le changement de p en b. Diez du scandinave nabbi, grosseur, bosse, e dit qu'il pourrait aussi avoir été fourn knapp, bosse.

Vient-il vraiment de napus? Celui-ci vérité, trois dérivés sur notre sol: navet français, puis navot en normand; mais j qu'aucun d'eux se soit jamais appliqué, tion, à la taille des individus. Du reste, noms de végétaux qualifiant par dérision (cornichon, truffe) ne s'emploient qu'au au propre.

abbi? Cela me surprendrait encore; t de la disparition d'un b, assez nous en avons bien conservé deux tin abbas, il faudrait rendre compte i en o, changement dont je ne ple.

lais knapp d'être le même mot que ainsi que lui le sens de bosse et rme de deux p.

ologie de nabot ne me semblant =, voici celle que je propose : nçais, nabot s'est dit nambot, exemple du xvre siècle :

enambots et avortons eu esgard à la ieil temps.

chet, Serées, II, p. 211 dans Lacurne.)

e dit encore naimbot et naimbote. e terme bot existe en français, dans les idiomes des peuples qui ai fait voir dans le Courrier de p. 146), j'incline fortement à voir osé de nain et de bot, c'est-à-dire n contrefait.

at d'ailleurs facilement se justifier

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3° Le ministre travaillait dans son appartement, et non dans le grand cabinet officiel du bas, où tant d'Excellences se sont succédées.

4° Faut-il ajouter à présent que si l'abdication du roi est dans les faits possibles et même probables d'ici quelques années, nonseulement elle n'est pas vraie, mais pas même vraisemblable dans la situation actuelle.

5° L'autre jour, dans une commune qui ressortit du canton de Douzy (Nièvre), un brave curé montait en chaire pour faire son prone.

6 Plusieurs étudiants ayant voulu pénétrer dans l'établissement quoique non porteurs de cartes d'entrée, se sont vus refuser la porte.

7° Comment, vendu! s'écria don Augustino, indigné et stupéfait. Mais le corps de mon frère n'avait de valeur que pour moi! — Je vais vous dire, gémit l'embaumeur terrifié.

8° Cette latitude laissée aux cléricaux de faire des réunions publiques alors qu'elles sont interdites aux républicains sous un ministère républicain, ne laissera pas que d'impressionner péniblement l'opinion publique à l'étranger comme en France.

9 Averkios repoussa ces insinuations et assura l'abbé qu'il préférait ne pas être nommé archevêque que de l'être par vénalité. 10° Enfin M. Ricard se lève, s'ajuste un tantinet, passe sa large main sur son vaste front, et d'un pas délibéré, décidé, escalade les degrés qui mènent à la tribune.

(Les corrections à quinzaine.)

FEUILLETON.

BIOGRAPHIE DES GRAMMAIRIENS

SECONDE MOITIÉ DU XVII SIÈCLE.

Gilles MÉNAGE.

Il naquit à Angers le 15 août 1613. Ses études, surveillées par son père, avocat du roi au bailliage, firent autant d'honneur aux soins de l'un qu'à la capacité de l'autre. Une mémoire remarquable jointe à une grande avidité de savoir et qui dominait toutes ses autres facultés, semblait l'appeler de préférence aux succès de l'érudition, vers laquelle se portait encore presque exclusivement le génie littéraire; aussi crut-il, en se livrant à l'étude du droit, satisfaire à la fois la volonté

st mal prononcer que de faire paternelle et donner carrière à son goût. Ménage prit ce cas; mais quand je consires, même à la Comédie-Franles acteurs qui ont bien joué énéralement tousse! tousse! il d'admettre que cette prononluvaise.

la robe d'avocat et fit ses débuts dans sa ville natale.

GRAMMATICAL

à corriger

lans la presse périodique et s contemporaines.

e l'enseignement dans ces écoles

qu'elle ne trouvera créance auprès e qu'on ne leur fera avaler.

Mais il avait d'autres vues: il s'engagea dans l'état ecclésiastique. Alors il se fit connaître avantageusement dans le monde par les ressources d'une instruction étendue et par l'éclat de ses liaisons avec la plupart des hommes qui avaient un nom dans la littérature. Chapelain le présenta au cardinal de Retz. Ce prélat, qui s'était engoué sur parole du mérite de Ménage, lui donna une place dans sa maison et s'empressa de l'admettre dans sa familiarité.

Ayant quitté le cardinal au bout de quelques années, i ne put se déterminer à accepter le patronage du prince de Conti, qui lui offrait une pension de quatre mille francs; il préféra tenir dans sa maison, au Cloître Notre-Dame, des assemblées littéraires, appelées mercuriales, du jour où l'on se réunissait.

Son patrimoine, converti en une rente viagère de

3,000 francs et un revenu de 4,000 qui lui furent assignés sur deux abbayes, lui procurèrent l'aisance si précieuse à l'homme de lettres.

Le cardinal Mazarin voulut tenir de sa main la liste des savants qui avaient droit aux récompenses du gouvernement; Ménage reçut une pension de 2,000 francs. Quoiqu'il eût déjà mis le sceau à sa réputation, Ménage n'avait cependant encore publié que ses Origines de la langue françoise, des Remarques sur cette même langue, à l'instar de Vaugelas, et des mélanges assez médiocres de tout point, au nombre desquels figurait sa Requête des Dictionnaires, salire légèrement mordante et écrite dans le style de Scarron, où étaient tournées en plaisanterie les occupations grammaticales de l'Académie. Cette petite pièce fut trouvée ingénieuse dans sa nouveauté; elle fit grand bruit, indisposa contre l'auteur un grand nombre des quarante et les empêcha plus d'une fois de faire tomber sur lui leurs suffrages.

Si Ménage n'obtenait pas pleine justice dans son pays, la faveur des étrangers l'en consolait amplement : l'Académie della Crusca lui envoyait un diplôme d'associé, les savants d'Angleterre, d'Allemagne et des Pays-Bas répétaient ses louanges, el la fameuse reine de Suède, Christine, l'invitait en termes flatteurs à venir grossir sa petite cour littéraire. Quand cette reine, qui avait sacrifié aux lettres l'éclat d'une couronne, vint à Paris, ce fut Ménage qu'elle chargea de lui présenter les personnages distingués de la capitale.

Prôné par les auteurs subalternes, Ménage s'accrédita dans l'esprit de ces précieuses qui, avant Molière, donnaient le ton à la société, et s'érigea en autorité imposante.

Assez profondément versé dans les langues anciennes, honoré de l'estime du docte Huet, environné d'une véritable importance par ses relations avec les érudits étrangers et par l'amitié des écrivains qui annoncèrent le siècle de Louis XIV, disposant du fruit de lectures prodigieuses, il possédait de plus la langue italienne et la langue espagnole, et composait même dans la première des vers élégants.

Ayant échoué dans une candidature à l'Académie, Ménage se contenta, pour épancher les richesses de sa mémoire, des réunions qu'il avait formées chez lui et des sociétés d'élite où il était accueilli.

Ménage avait pensé oublier ses livres auprès de Mme de Sévigné. Il l'avait connue avant son mariage, avait contribué à former l'esprit de cette femme célèbre, et s'était passionné pour des grâces qui n'étaient pas son ouvrage. Son élève l'avait ramené à la raison et l'avait désespéré souvent en le traitant comme un amant sans conséquence.

Ménage était d'un caractère irritable. Son ressentiment contre Gilles Boileau fut si violent, qu'après avoir fait tous ses efforts pour l'écarter de l'Académie, il rompit avec Chapelain, qui avait refusé de servir sa haine contre lui.

Dans les hostilités qu'il eut à soutenir, Ménage perdit i

un peu de sa considération. Ses plag furent mis au jour sans qu'il pût s'en d

Ménage disait souvent qu'il voulait m à la main; il se tint parole le 23 juillet mort le surprit, il ajoutait aux matéri rassemblés pour des ouvrages presque és à ceux qu'il avait déjà publiés. Parmi ses 1 des recherches sur l'origine des locution de notre langue.

Ses nombreux ennemis le poursuiviren la tombe.

Voici ce qu'il y a de plus important ou ć dans les Observations sur la langue françe (1672), observations qui consistent surtou sur les Remarques de Vaugelas, et en ar où sont déduits les motifs de préférence e nombre de mots dont l'emploi était alors c

S'il faut dire acatique ou aquatique. -prononçaient le q comme un k; ils disaier et non pas qui, que, quod. Nos vieux Fran cette prononciation, comme on le voit cancan, casi, kidan, à kia: il faut pronon

S'il faut dire extrémement, ou extrémér nement, ou certainément; profondement,

ment. Vaugelas, au chapitre des adverbe fort bien décidé qu'il fallait dire communér sément, conformément; mais il s'est trom concerne extrémément: il faut dire extrémer dire aussi certainement, et non pas certainér disent les Angevins (1672); mais il faut dire profondément, et non profondement.

S'il faut dire Droit canon, ou canonique tuts, les Institutes, ou les Institutions de Ju Quoique depuis dix ou douze ans, MM. de disent droit canonique parce qu'en latin on d nicum, il faut dire droit canon, comme on Jours dit auparavant, et comme tout le pe encore présentement.

Dans le discours familier, on ne doit jama Institutions de Justinien, quoiqu'on dise en tutiones Justiniani; mais on pourrait le dirtraduction de l'ouvrage, comme l'a fait M. Pecomme d'autres l'avaient fait avant lui. L pourtant et le plus sûr est de dire toujours I Institutes. C'est ainsi que nos anciens ont livre, du latin Instituta.

Mais entre les deux, Ménage préfère institu. semble plus naturel, Statuts étant venu de St S'il faut dire plurier ou pluriel. pas pluriel, mais il lui préfère plurier.

Il ne

S'il faut dire arondelle, hérondelle, ou hiro Vaugelas s'était prononcé pour hérondelle; ma fait voir que c'est une grosse erreur, que c'es peuple de Paris qui parle ainsi, et qu'avec les auteurs, il faut dire hirondelle.

(La suite au prochain nun

LE REDACTEUR-GÉRANT EMAN MARTIN

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